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alyssaworld - Page 3

  • Misère de la prospérité de Pascal Bruckner

    misere-de-la-prosperite.JPGSa thèse est simple : l'économie a perdu le statut de serviteur pour prendre celui de maître de nos sociétés. Elle est même en train d'atteindre celui d'une divinité, l'économisme, dont découle toute vérité, toute morale. Alors que une saine démocratie voudrait la prééminence du choix politique, l'économie n'étant qu'un des moyens.

    Le piège est terrible : la concurrence mondiale ouverte, facteur de productivité, devient un trou noir, car l'idéologie de l'économisme en rend la sortie impossible. Il faut tout sacrifier à cet objectif productiviste car toute position acquise est fragile et doit être défendue à tout prix, y compris tous les autres qu'un idéal humain peut espérer. Nouvel enfermement dans une logique impitoyable :instabilité structurelle, menace sur le rapport de l'homme au travail (au fait où pensez-vous que nous en sommes ?), urgence de la réussite 'la victoire ?), destruction corollaire des "freins" : famille, enracinement, relations sociales stables. Nouvelle patrie virtuelle à qui tout doit être donné, y inclus tout espoir de sérénité. C'est le même constat fait 30 ans avant Le rapport Meadows de Dennis Meadows.

    P. B. ne nie cependant pas les succès atteints qui sont loin d'être méprisables : santé, structure sociale ouverte, justice, explosion du savoir. Il serait absurde de jeter le bébé avec l'eau du bain.

    Mais ne virons pas à la nouvelle idéologie, l'économisme ultra-libéral, qui prétend que le marché a réponse à tout. Ne nous engouffrons pas encore une fois dans ces idées simples qui ont fait tant de mal. Le capitalisme et le marché, neutres au plan de l'éthique, doivent retrouver leur place. La vie publique et la vie politique, lieux du libre débat sur ces choix doivent être réhabilités pour libérer la vie privée de son enfermement économiste.

    Rude tâche, mais qui mieux que la démocratie à une chance de réussir ?

  • La Mélancolie de la résistance de Laszlo Krasznahorkai

    melancolie-de-la-resistance.JPGLà où un Vallejo - par exemple - nous liquéfie d’angoisse à coup de phrases courtes, étouffées, sur un tempo heurté, Laszlo Krasznahorkai y va d’interminables tirades, entrecoupées de digressions, qui ramènent inlassablement vers l’insaisissable substance qui imprègne ce roman : le mystère.


    Construction surprenante pour un exercice littéraire original et ensorcelant, comme le sont parfois les romans dont la trame repose moins sur l’intrigue que sur l’atmosphère suffocante qui y préside. ‘La Mélancolie de la Résistance’ reprend, cependant, les clés du genre, principalement la lente mise en place du malaise, le règne de l’ombre qui s’avance en nuages de doutes et de peur sur les protagonistes, avec pour subtilité qu’il progresse par strate, qu’il s’étend circulairement pour gagner tout l’univers de sa fragile héroïne, Mme Pflaum. Un univers qui s’en retrouve étriqué et qui ne lui laisse plus de refuge contre l’oppression et la folie de ses congénères.


    Krasznahorkai construit un cocon de mystère pour y faire germer des réflexions désabusées et grinçantes sur la société post-industrielle, ses déboires, ses oubliés, son humanité toujours suspendue aux fluctuations, aux contradictions du postmodernisme. Il dépeint un monde aveuglé d’images, plus à l’aise dans l’illusion que dans le réel. Autant de pistes qu’il fait bon de suivre, même s’il est parfois difficile de ne pas se perdre dans cette vision exagérément apocalyptique. Un roman à la construction magistrale qui déconcertera les moins patients quand les plus courageux seront agréablement récompensés.

     

    La Mélancolie de la résistance de Laszlo Krasznahorkai

    Editeur : Gallimard
    Publication : 9/11/2006

  • Avis sur le roman D’acier, de Silvia Avallone - fin

    Si j’ai aimé ce roman ? Je n’en sais rien. C’est loin d’être une lecture légère, une chape de plomb flotte au dessus des pages. La fin de la troisième partie m’a mise en colère, Silvia Avallone donne une fin somme toute dans la lignée du reste mais c’est un dénouement qui me semble un peu trop « facile », trop cruel, trop attendu. La quatrième et dernière partie qui fait 5 pages m’a en revanche bien plus touchée. C’est finalement une « jolie » fin porteuse de message que je traduis comme un contre-pied à la destinée, au fait que l’on peut aussi se choisir sa vie. Un petit reproche global cependant : des descriptions et des ressassements un peu trop nombreux, même si cela colle bien à l’atmosphère générale ; et peut-être aussi quelques clichés véhiculés (sur les hommes, la jeunesse, les femmes,…), le roman va loin dans les portraits…

    Au vu de la bande-annonce, le film (sorti le 5 juin 2013 en France) m’a l’air d’être fidèle au roman. A voir prochainement en ce qui me concerne, j’ai très envie de voir cette histoire en images… preuve que je m’en suis attachée… Et un bon moyen de connaître l’oeuvre pour ceux qui ne veulent pas lire le livre.

    D’acier, de Silvia Avallone (Acciaio, 2010)
    Traduit de l’italien par Françoise Brun
    Liana Levi, coll Piccolo, 2011, 387 pages

  • Avis sur le roman D’acier, de Silvia Avallone

    dacier-avallone.JPGUn petit coin d’Italie, peu visité des touristes, et pour cause : de grandes barres d’immeubles décrépies font face à une plage où se retrouvent les enfants de la cité. C’est là qu’Anna et Francesca passent leurs après-midi d’été depuis leur plus tendre enfance. En 2001, elles ont 14 ans. Elles sont inséparables, une amitié fusionnelle, possessive, chacune puisant dans l’autre l’énergie nécessaire pour affronter le quotidien de cet environnement : monde ouvrier, monde oublié, de familles laissées sur le carreau par la vie et la société. Le principal gagne-pain des foyers : l’aciérie, mastodonte infernal qui perd peu à peu des parts de marché et qui se voit dans l’obligation de tailler dans la masse… Cette usine est un point d’ancrage et un paysage constant pour les habitants de Piombino.


    L’univers que nous livre Silvia Avallone est rude, à vif, et fait écho à une réalité sociale brûlante de nos jours, en Italie, en France et dans le monde. La crise économique, les laissés pour compte. L’auteure s’est d’ailleurs inspirée de son propre vécu. Le roman nous fait assister au quotidien de tous ces gens, loin des paillettes dont rêve Francesca ou des robes d’avocate dont rêve Anna. Seuls leur spontanéïté, leur fougue, leur amitié et leurs espoirs illuminent ponctuellement la vie de cette cité et de ses habitants. Elles font tourner les têtes et en jouent. Elles séduisent et se séduisent…


    Rosa, la mère de Francesca est une femme démissionnaire, qui ne sait pas comment (ni si elle veut) quitter son mari violent. Sandra, la mère d’Anna, est militante de gauche mais ses efforts ont l’air vains, et elle se demande si elle ne doit pas elle aussi quitter son époux, qui, licencié, cherchera l’argent dans de sombres trafics. Les fils aînés sont embauchés à l’aciérie et se retrouvent ensemble le soir dans des bars où la coke et les filles défilent. Et puis il y a Elena, fille de famille aisée, qui pourra éventuellement réaliser ses ambitions mais qui reste attachée à ses amis moins chanceux.


    Les portraits féminins tranchent beaucoup avec ceux masculins, le machisme et les vielles moeurs étant ancrés dans la belle Italie de l’auteure.

     

     

  • Chronique du livre de Mons Kallentoft, Hiver

    hiver.JPGCe roman nous amène, aux côtés de Malin Fors, une jeune enquêtrice trentenaire, à élucider un mystérieux meurtre. Elle vit seule avec sa fille de quatorze ans, Tove, puisqu’elle s’est séparée de son mari Jan.

    Malin ne vit que pour son métier, et un matin elle est appelée et va découvrir un homme nu, pendu à un arbre en forêt. Autour de lui, aucune trace, la neige a tout recouvert, et commence une enquête qui va mener les inspecteurs à se poser bien des questions. Notamment, comment est-il arrivé là-haut, alors qu’il pèse 150kg ?

    Des questions, le lecteur va s’en poser aussi, entre autre à propos de Malin, qui est une femme assez mystérieuse.

    Le narrateur nous offre un point de vue externe ce qui donne au lecteur une impression de voir un film se dérouler. On découvre les protagonistes en même temps que leurs actes, sans trop en savoir à leur sujet, c’est l’une des raisons pour lesquelles Malin est assez mystérieuse.

    Rapidement on découvre un autre personnage important, le collègue de Malin, Zeke. Zacharias Martinson de son vrai nom, fait partie d’une chorale, et a un fils joueur de hockey. Les deux collègues fonctionnent bien ensemble, et il est très agréable de les imaginer en symbiose, travaillant dans le même sens. Mais ne les imaginez pas ensemble, il n’est pas question de ça, du moins dans ce premier tome.

    On s’aperçoit rapidement que le mystérieux mort parle au lecteur dans quelques apartés. J’ai beaucoup aimé cet élément, qui m’a rappelé Mon nom est rouge, de Orhan Pamuk. Ce dernier s’appelle Bengt Andersson et le lecteur découvre peu à peu son histoire, tentant de comprendre en même temps que les inspecteurs pourquoi il a été tué. Et son histoire est sombre, ce qui n’est pas peu dire. Si on découvre beaucoup d’éléments, le mystère reste entier jusqu’à la fin sur l’identité du tueur ce qui m’a bien plu. En effet j’aime quand la fin d’un roman est haletante, mais malgré tout, cette fin m’a laissée de côté !

    Le récit dure un mois puisque l’enquête se déroule sur le mois de février, et c’est sans doute l’une des explications qui ont fait que je n’ai pas accroché, car le temps du récit est assez dilué, et la ligne directrice est assez difficile à suivre.

    Concernant l’enquête en question, les soupçons se posent sur plusieurs personnes, Malin et Zeke font beaucoup de route pour interroger les différents suspects.

    On découvre par la même occasion le culte des Ases, un élément de la mythologie nordique que je ne connaissais pas, et sur lequel j’ai eu envie de me renseigner. Mais je ne vous en dit pas plus à ce sujet au risque de spoiler !

    Le suspens prend de l’ampleur lorsqu’une deuxième victime fait son apparition, car le tueur apparait soudain sous une tout autre facette. En effet il y a une marge entre un meurtre isolé et une série de meurtres, mais je vous laisse découvrir ce mystère en lisant le roman.

    J’ai aimé la petite histoire dans l’histoire, à travers le petit ami de Tove, Markus, qui a bien du mal à trouver sa place. Cela apporte beaucoup de légèreté au roman.

    Les dernières pages réservent de nombreuses surprises, et j’ai beaucoup aimé la fin, que j’ai trouvée cohérente et bien construite.

    J’ai senti en lisant ce roman un fort potentiel, mais malheureusement je n’ai pas réussi à entrer dedans, même en me consacrant à cette lecture plusieurs heures d’affilées. Quelque chose m’a dérangée, mais encore aujourd’hui, je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. C’est vraiment étrange parce que sur le papier, ce roman avait tout pour me plaire, mais le fait est que ça ne l’a pas fait ! Ceci dit, j’ai les 3 tomes suivants dans ma PAL et je compte refaire une tentative avec la suite !


    Mons Kallentoft, Hiver, Le serpent à plume, 483 pages, 2009, 2007 pour la première publication. Traduit du suédois par Max Stadler et Lucile Clauss.